Building Bridges for Sickle Cell Care : deux journées de travail entre la Guadeloupe et la Dominique

Building Bridges for Sickle Cell Care : deux journées de travail entre la Guadeloupe et la Dominique — CAREST
Les premiers mois du programme SHELTER

Les 24 et 25 mars 2026, le réseau CAREST et l’association MADREPORE 971 ont conduit deux journées de travail au Dominica China Friendship Hospital, à Roseau, avec les professionnels de santé et les autorités sanitaires dominiquaises. Cette rencontre, dont le programme avait été préparé sur place, a permis d’arrêter ensemble quatre priorités de coopération sur la drépanocytose.

CAREST — Programme SHELTER Publié le 17 octobre 2026 6 à 7 min de lecture
Une technicienne en blouse blanche et gants bleus tient un échantillon à hauteur du regard et le montre à un groupe de visiteuses réunies autour d'elle, dans un laboratoire.
Roseau, Dominique, 25 mars 2026. Visite du laboratoire, au terme de deux journées de travail. Mme Claude-Vanie Mesidor, responsable par intérim du laboratoire national de référence.© Catherine Chicaté Moibert

Deux journées au Dominica China Friendship Hospital

Les 24 et 25 mars 2026, sous l’intitulé Building Bridges for Sickle Cell Care, deux journées de travail se sont tenues à Roseau, au Dominica China Friendship Hospital, où sont suivis les patients drépanocytaires de l’île.

Le programme avait été préparé en Dominique par le Dr Clarissa A. Hamilton, MD, MMed-Pediatrics, pédiatre dans l’établissement.

Les échanges ont pris la forme d’une table ronde entre l’équipe dominiquaise et l’équipe guadeloupéenne, co-conduite par le Dr Hamilton et le Dr Marie Pétras. Le programme arrêté a été suivi sur les deux journées.

2journées de travail à Roseau
14participants dominiquais et guadeloupéens
4priorités de coopération arrêtées en commun

Pourquoi la Dominique

La drépanocytose est un problème de santé publique dans toute la Caraïbe, et les deux territoires en portent la charge à quelques dizaines de kilomètres l’un de l’autre.

Les échanges régionaux sur la maladie ont commencé bien avant mars 2026, et la Dominique y participe depuis des années. Le Dr Hamilton indique ce qui manquait : un dispositif durable et formalisé, capable de transformer ces relations en services accessibles aux patients.

Des patients dominiquais se rendent déjà en Guadeloupe et en Martinique pour des soins spécialisés indisponibles chez eux. La Guadeloupe fait le même constat de son côté, puisqu’elle les reçoit régulièrement. Deux territoires voisins, des patients qui circulent entre eux, aucun cadre commun : la mission a été engagée pour en construire un.

Une mission construite ensemble

La rencontre réunissait une délégation conjointe de CAREST, chef de file du programme SHELTER, et de MADREPORE 971, partenaire du programme, et les acteurs dominiquais de la prise en charge : la direction générale et la direction médicale de l’établissement, des pédiatres et un néonatologiste, un médecin interniste, la direction des soins primaires du ministère de la Santé, la responsable par intérim du laboratoire national de référence et la cadre infirmière.

Le Dr Hamilton, qui a réuni ces professionnels, est aussi membre du groupe de travail de CAREST consacré au dépistage néonatal. Plusieurs des participants travaillaient donc déjà ensemble, à distance. La mission les a réunis sur place.

Les deux structures guadeloupéennes venaient avec leur objet propre. MADREPORE 971 pour partager l’expérience du suivi des patients construite à l’unité transversale de la drépanocytose du Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe. CAREST pour poursuivre le travail de son groupe sur le dépistage néonatal et examiner sur place ce qui pouvait être développé avec les professionnels et les autorités du territoire.

Se rencontrer autour des pratiques

La première séance de fond est revenue à l’équipe dominiquaise, qui a présenté l’état de la prise en charge chez elle : les services cliniques existants, les pratiques de dépistage, les obstacles au diagnostic précoce.

Les dispositifs guadeloupéens ne sont venus qu’ensuite. La Guadeloupe a présenté son organisation : une filière spécialisée, un suivi pédiatrique puis adulte, structuré et coordonné entre plusieurs disciplines. Le Dr Marie Pétras souligne que cette organisation a permis d’éviter de nombreuses complications et amélioré la qualité de vie des patients. L’unité transversale de la drépanocytose, le réseau CAREST et le programme SHELTER ont été présentés dans ce cadre.

La séance technique sur le dépistage néonatal a suivi, puis une table ronde sur sa faisabilité en Dominique : prélèvement, délais, volumétrie des naissances, traitement des échantillons, organisation du parcours. Les questions venaient du territoire ; les réponses avaient été préparées avec les biologistes du dépistage néonatal du Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe.

La seconde journée s’est achevée par la visite des services de néonatalogie et maternité, de pédiatrie et du laboratoire, là où se règlent les contraintes pratiques d’un dépistage.

La délégation guadeloupéenne réunie dans un couloir de l'hôpital, devant l'entrée d'un service, pendant qu'une professionnelle dominiquaise lui présente les lieux.
Roseau, Dominique, 25 mars 2026. Visite des services de l’hôpital.© Catherine Chicaté Moibert

La parole de la Dominique

« J’espérais que nous dépassions les relations régionales informelles pour établir quelque chose de concret, en particulier un dépistage néonatal universel, de meilleurs circuits de recours, et l’accès à une expertise dont la Dominique ne dispose pas aujourd’hui sur place. Cette rencontre a fait passer la discussion de « nous devrions coopérer » à « que pouvons-nous construire concrètement ensemble ? » »

Dr Clarissa A. Hamilton, MD, MMed-Pediatrics, pédiatre au Dominica China Friendship Hospital

L’apport de chacun

Les deux journées ont permis à chaque partie de mesurer ce que l’autre pouvait apporter.

Du côté dominiquais, les échanges et la visite des services ont donné à la délégation guadeloupéenne une vue précise de ce qui existe.

« Les équipes que nous avons rencontrées disposent d’une réelle expertise et d’une forte volonté d’améliorer la prise en charge. Certaines contraintes techniques et matérielles les limitent aujourd’hui, notamment pour la mise en œuvre d’un dépistage néonatal précoce et d’un suivi standardisé. »

Dr Marie Pétras, pédiatre à l’unité transversale de la drépanocytose du Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe, membre de MADREPORE 971

Le Dr Hamilton situe elle-même le point faible :

« La Dominique n’a pas besoin de tout construire à partir de zéro. Nous disposons d’un suivi pédiatrique satisfaisant une fois les enfants diagnostiqués ; notre point faible est de ne pas les repérer avant un an de vie. »

Dr Clarissa A. Hamilton

Elle énumère ce qu’une coopération régionale peut relier : le dépistage néonatal, l’expertise de laboratoire, les circuits de recours, la formation, le suivi. Et elle place l’ensemble à l’échelle caribéenne, en mobilisant une expertise qui existe déjà dans la région.

Côté guadeloupéen, l’apport est aussi celui d’un réseau. CAREST a mobilisé plusieurs de ses membres, dont les biologistes engagés dans le dépistage néonatal au Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe, qui ont préparé les communications et analysé les modalités envisageables. Deux options ont été présentées et discutées : s’appuyer sur les capacités diagnostiques déjà disponibles en Guadeloupe, ou mettre en place localement des méthodes de dépistage rapides, sous réserve d’en définir les modalités de confirmation et l’organisation du parcours de soins.

Le choix entre ces options revient à la Dominique, et la présidente de CAREST le précise :

« Le rôle de CAREST est de mettre à disposition son réseau, son expertise et son expérience régionale afin d’accompagner cette démarche, tout en laissant aux professionnels de santé et aux autorités de Dominique le choix du modèle le mieux adapté à leur contexte et à leurs ressources. »

Dr Marie-Dominique Hardy-Dessources, présidente du réseau CAREST

Les suites de la mission

Quatre priorités ont été arrêtées.

Déployer un dépistage néonatal universel de la drépanocytose en Dominique.

Sans diagnostic précoce, toute la chaîne de prise en charge démarre trop tard.

Renforcer les capacités cliniques

Pour le diagnostic précoce comme pour la prise en charge des complications. La formation au dépistage du risque de vasculopathie cérébrale par Doppler transcrânien — un examen qui identifie les enfants à risque et permet d’engager une prise en charge préventive — est envisagée comme un premier levier.

Faciliter l’accès aux soins spécialisés en Guadeloupe

Faciliter, lorsque cela est nécessaire, l’accès des patients dominiquais aux soins spécialisés disponibles en Guadeloupe.

Organiser un suivi coordonné entre les deux territoires

Afin qu’un patient qui circule de l’un à l’autre ne recommence pas son parcours à chaque passage.

Ces quatre priorités relèvent de l’axe parcours cliniques et formation du programme SHELTER. Elles sont à ce stade des objectifs arrêtés en commun. Aucune n’est encore en fonctionnement.

Pour la Dominique, l’étape suivante est la planification opérationnelle du dépistage néonatal. Le Dr Hamilton en détaille les éléments : le circuit de laboratoire, le prélèvement et son acheminement, le rendu des résultats, le test de confirmation, l’entrée dans le suivi pédiatrique, la constitution d’un registre des patients.

Côté guadeloupéen, plusieurs chantiers sont envisagés, dans une démarche progressive construite avec les partenaires dominiquais : à court terme la formation des professionnels de santé et le partage d’expertise sur les situations cliniques complexes ; à moyen terme des échanges cliniques réguliers, des périodes d’immersion professionnelle et l’harmonisation progressive des pratiques ; à plus longue échéance l’évaluation de l’apport de cette collaboration, le développement d’un réseau régional de professionnels et des projets de recherche.

La rencontre s’est close sur un engagement de méthode : formaliser la collaboration par des conventions précisant les modalités opérationnelles, les responsabilités de chacun et les mécanismes de suivi. Le Dr Hamilton y voit la condition pour que cette coopération repose sur des institutions et non sur des relations individuelles.

Le travail est aujourd’hui conduit de part et d’autre par une personne référente : le Dr Clarissa A. Hamilton pour la Dominique, le Dr Marie Pétras pour la Guadeloupe.

Une coopération qui se construit dans la durée

CAREST a été créé en 2012 pour fédérer chercheurs et cliniciens caribéens autour du dépistage, de la prise en charge et de la recherche sur les hémoglobinopathies. Le réseau était déjà partenaire du projet CARES sous la programmation INTERREG Caraïbes 2014-2020, et une première mission avait été conduite en Dominique dès 2015. La constitution d’un groupe de travail consacré au dépistage néonatal a relancé cette dynamique et resserré les liens avec les professionnels hospitaliers dominiquais.

Le réseau poursuit aujourd’hui, à l’échelle de la Caraïbe, le travail engagé par ce groupe : faire connaître ce que le diagnostic précoce change dans la vie d’un enfant drépanocytaire, et rendre accessibles les expertises et les moyens de le mettre en œuvre là où les professionnels de santé et les autorités le décident.

La Dominique est l’un des douze territoires engagés dans les actions du programme SHELTER. La suite y partira des priorités qu’elle a elle-même définies.

Treize personnes posent, debout et assises, autour d'une table de réunion dans une salle de conseil.
Roseau, Dominique, 24 mars 2026. Au terme de la première journée de travail.© Catherine Chicaté Moibert

Cet article s’inscrit dans une série consacrée aux premiers mois du programme SHELTER.
→ Retrouvez toutes les publications sur la page Actualités SHELTER.

Les participants

Dominique

  • Dr Kenneth Darroux — directeur général, Dominica China Friendship Hospital
  • Dr Ruby Blanc — directrice médicale, Dominica China Friendship Hospital
  • Mme Cindy Maxwell-George — cadre infirmière, Dominica China Friendship Hospital
  • Dr Mutiu Olagunji — direction des soins primaires, ministère de la Santé
  • Dr Clarissa A. Hamilton — pédiatre, Dominica China Friendship Hospital
  • Dr Seannel David — néonatologiste, Dominica China Friendship Hospital
  • Dr Dwayne Laville — pédiatre, Dominica China Friendship Hospital
  • Dr Addis King — médecin interniste, Dominica China Friendship Hospital
  • Mme Claude-Vanie Mesidor — responsable par intérim du laboratoire national de référence

Guadeloupe

  • Dr Marie-Dominique Hardy-Dessources — présidente du réseau CAREST
  • Mme Alix Bibrac — présidente de MADREPORE 971
  • Dr Marie Pétras — pédiatre, unité transversale de la drépanocytose, Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe
  • Dr Maryse Étienne-Julan — cheffe de service, centre de référence de la drépanocytose, Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe
  • Dr Lydia Doumdo — pédiatre, centre de référence de la drépanocytose, Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe

Repères

ActionBuilding Bridges for Sickle Cell Care
Dates24 et 25 mars 2026
LieuDominica China Friendship Hospital, Roseau, Dominique
PortageCAREST, chef de file du programme · MADREPORE 971, partenaire du programme
AxeParcours cliniques et formation
ProgrammeSHELTER, INTERREG Caraïbes 2021-2027, mis en œuvre jusqu’au 31 décembre 2027
TerritoiresGuadeloupe et Dominique
RéférenceSYNERGIE-CTE n° 21284

Chef de file et principaux partenaires

Logo CAREST, Réseau caribéen de chercheurs sur la drépanocytose et la thalassémie, chef de file du programme Logo MADREPORE 971 Logo Inserm, UMR S-1134 / BIGR

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Le projet SHELTER est cofinancé par le programme INTERREG Caraïbes au titre du Fonds Européen de Développement Economique Régional.

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