La drépanocytose

L’hémoglobine est un élément contenu dans les globules rouges, et qui leur permet de capter l’oxygène au niveau des poumons, afin de le relarguer dans nos tissus, au profit de tous nos organes. C’est une protéine formée de quatre sous-unités appelées « globines ». L’hémoglobine adulte normale (HbA), comporte deux α-globines et deux β-globines. Les maladies liées à l’hémoglobine sont appelées “hémoglobinopathies”. Ce terme regroupe la drépanocytose, causée par une anomalie de la qualité de l’hémoglobine, ainsi que les thalassémies, qui résultent d’une quantité insuffisante d’une ou de plusieurs globines. Il y a chaque année, 300 000 à 500 000 naissances concernées par une forme grave d’hémoglobinopathie au monde. La drépanocytose est une maladie génétique due à la transmission par le père et la mère, d’une mutation au niveau de la β-globine, ce qui cause la présence d’une hémoglobine anormale.

Les différentes forme de drépanocytose sont aussi appelées « syndromes drépanocytaires majeurs ». Ces derniers regroupent différentes associations de mutations responsables de syndromes plus ou moins sévères sur le plan clinique et biologique. La forme majoritaire est due à la transmission par le père et la mère, d’une mutation causant la production d’une β-globine notée “S” (comme “sickle”, qui anglais signifie “faucille”) : les personnes concernées sont donc dites “homozygotes SS”, et souffrent de l’anémie falciforme. La deuxième forme la plus commune correspond à l’héritage de la mutation notée “S”, et d’une autre mutation notée “C” : ces personnes sont dites “hétérozygotes composites SC”. Il existe d’autres formes hétérozygotes composites plus rares, dont les suivantes : HbS/βthal, HbS/HbD-Punjab, ou HbS/HbO-Arab.

En raison de ses β-globines S, l’hémoglobine S (ou HbS) a une particularité délétère : lorsqu’elle ne possède pas d’oxygène, elle forme des agrégats (des fibres), au sein des globules rouges, ce qui les fait prendre une forme de faucille : c’est la falciformation. Ces fibres d’hémoglobine S rendent aussi les globules rouges plus fragiles, d’où leur rupture au sein des vaisseaux sanguins : c’est l’hémolyse intravasculaire. Enfin, ces agrégats, aussi appelés “polymères d’HbS”, rendent aussi les globules rouges plus rigides, favorisant donc leur blocage dans de petits vaisseaux sanguins : c’est la vaso-occlusion. La recherche a montré que cette vaso-occlusion était généralement précipitée par l’adhérence de globules blancs à la paroi de petits vaisseaux sanguins appelés “veinules postcapillaires”, ce qui facilite le blocage des globules rouges.

Dès que l’hémoglobine du nouveau-né, l’hémoglobine fœtale (hémoglobine ne contenant pas de β-globine), est remplacée par l’hémoglobine qui perdurera tout le reste de la vie, l’hémoglobine adulte (contenant de la β-globine), alors des complications peuvent apparaître. La drépanocytose se caractérise donc par la survenue possible dès l’âge de 3 mois de complications ponctuelles (dites “aiguës”) de gravité variable, et par l’installation progressive de lésions dégénératives et de complications constantes (dites “chroniques”). Celles-ci peuvent mettre en jeu le pronostic vital et/ou fonctionnel. La fréquence de chaque type de complication aigüe varie au cours de la vie des patients, et diffère considérablement d’un patient à l’autre.

Les conséquences délétères sont multiples :

  • un taux constamment faible d’hémoglobine en raison de l’hémolyse : c’est l’anémie hémolytique chronique. Elle s’accompagne de ses conséquences potentielles, dont l’aggravation de l’anémie ou la survenue de lithiases biliaires

  • une sensibilité accrue aux infections par des germes encapsulés (au premier plan le Pneumocoque et les Salmonelles) du fait d’un hyposplénisme (altération de la fonction de la râte)

  • des phénomènes vaso-occlusifs dominés par les crises vaso-occlusives douloureuses (CVO) osseuses, et responsables de lésions (ischémiques) au niveau des organes

  • des atteintes des gros vaisseaux (macrovaisseaux) cérébraux responsables d’accidents vasculaires cérébraux ; ces lésions peuvent être dépistées chez les enfants (en utilisant le doppler transcrânien et l’Imagerie par Résonance Magnétique Nucléaire) afin de mettre en place une thérapeutique préventive basée sur la réalisation de protocoles d’échanges transfusionnels.

Suite à la découverte de la mutation, généralement lors d’un diagnostic néonatal, une prise en charge spécifique permettra de réduire la fréquence des complications et la mortalité associées à cette maladie grave. Cette prise en charge repose sur les piliers suivants :

  • La prévention

    Une antibiothérapie et un programme vaccinal renforcé permettent de prévenir des infections, la supplémentation en acide folique (vitamine B9) vise à prévenir de l’aggravation de l’anémie, et des consultations et examens réguliers permettent de suivre l’état de santé du patient et d'adpater les traitements si nécessaire. L'équipe médicale apprend très tôt aux parents à détecter certaines complications.

  • L’hydroxyurée (Siklos ou Hydrea)

    Ce médicament est le plus prescrit au monde, afin de réduire la fréquence et l’intensité de certaines complications associées à la drépanocytose, dont la CVO. Ses modes d’action sont multiples :
    - il empêche la formation de polymères d’HbS, en causant la production d’hémoglobine fœtale.
    - il rend les cellules sanguines et celles des vaisseaux sanguins moins adhérentes, en réduisant le taux d’hémolyse et en agissant sur les microparticules (produites notamment par bourgeonnement des globules rouges).
    - il défavorise la diminution du diamètre des vaisseaux sanguins, en libérant du monoxyde d’azote.

  • La transfusion

    Elle consiste à perfuser des globules rouges normaux afin de corriger une aggravation de l’anémie et de diminuer le pourcentage d’hémoglobine S. Elle permet donc un apport d’hémoglobine normale, une meilleure oxygénation des organes et une réduction du risque de vaso-occlusion.

  • La greffe de moelle (permet de guérir de la maladie)

    La greffe de moelle osseuse, ou greffe de cellules souches hématopoïétiques, est aujourd’hui le seul traitement curatif éprouvé de la drépanocytose. La moelle osseuse est le tissu situé au cœur des os : elle fabrique l’ensemble des cellules sanguines (globules rouges, globules blancs et plaquettes). Le principe consiste à éliminer, grâce à des médicaments, la moelle du patient, puis à perfuser par voie intraveineuse — comme une transfusion — les cellules souches d’un donneur compatible. Celles-ci vont s’installer dans les os et produire des cellules sanguines normales. Lorsque le donneur est un frère ou une sœur parfaitement compatible, on parle de greffe géno-identique. Néanmoins, des protocoles plus récents permettent aussi des greffes dites haplo-identiques, à partir d’un donneur partiellement compatible. Ce traitement peut exposer à des complications (infections sévères, rejet de la greffe, ou encore réaction du greffon contre l’hôte) et reste donc principalement proposé dans les formes graves de la maladie.

  • La thérapie génique (permet de guérir de la maladie)

    Comme déjà évoqué, l’hémoglobine fœtale disparaît peu après la naissance, au profit de l’hémoglobine adulte. Cependant chez certaines personnes, cette hémoglobine fœtale est présente à un taux anormalement élevé à l’âge adulte : on dit qu’elles ont une persistance héréditaire de l’hémoglobine fœtale (PHHF). Des médecins ont remarqué dans les années 1980, qu’en cas de PHHF, les patients vivant avec la drépanocytose avaient des symptômes moins sévères. Dans les années 2010, des chercheurs ont ensuite découvert comment certaines mutations de l’ADN permettaient d’obtenir cette PHHF, alors que d’autres ont découvert comment générer relativement aisément des mutations. Sur la base de ces connaissances, des essais cliniques ont été lancés : des cellules productrices de globules rouges sont prélevées chez des patients vivant avec la drépanocytose, afin d’y générer les mutations évoquées précédemment, puis, après avoir éliminé les cellules productrices de globules rouges de ces patients, les cellules portant les mutations sont injectées aux patients et permettent donc la production de globules rouges contenant de forts taux d’hémoglobine fœtale, d’où la guérison. Cette thérapie novatrice qui coûte 2,2 millions de dollars par patient, a été approuvé en 2023 par la FDA (Food and Drug Administration), aux Etats-Unis, mais en France, elle a été autorisée en 2024 en cas de β-thalassémie nécessitant des transfusions mais pas de drépanocytose.

Source : Dr. Yohann GARNIER et Dr. Scylia ALEXIS-FARDINI (UMR_S 1134 Inserm/UA et Unité Transversale de Drépanocytose du CHU de Guadeloupe), en mars 2026.

Retour en haut